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Windsurf et risques cardiaques PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Khan   
Lundi, 06 Décembre 2010 11:35

Suite au décès tragique de Dominique "Skal" le 1er décembre 2010, après une session de windsurf, Paquitomicorrazon a souhaité a souhaité nous mettre en garde après ses observations d'intenses efforts cardiaques durant sa pratique,

J'ai été victime d'un infarctus après une session il y a 7 ans, j'avais 29 ans, aucun antécédent, pas de cholestérol, non fumeur, etc, bref rien ne me prédisposant à un tel accident. Sans la présence de ma femme sur place qui a immédiatement appelé les secours, j'aurais eu le plaisir d'accueillir nos amis disparus au paradis des windsurfers.

Bref, depuis, je suis bien sûr hyper surveillé, mais surtout, je navigue avec un cardiofréquencemètre, du même genre que celui utilisé par des milliers de sportifs pour le vélo ou la course à pied.
Et bien mes amis, vous n'avez pas idée de l'effort que subit le coeur pendant une session de planche. C'est proprement hallucinant !


Pour parler clair, en mode navigation surtoilée, passage de barre, surf, saut pour ceux qui naviguent en vague, le coeur est quasiment au max de sa fréquence (plus de 170 bpm)
A titre perso, passer d'une 5 m à une 5.7 fait augmenter mes pulsations cardiaques de 15 bpm.
En nave normale, freeride, normalement toilé, je tourne entre 100 et 120 (avec à la base un coeur au repos plutôt lent < 40 bpm)
Tout ça pour vous dire que sur une session d'une journée, votre coeur encaisse l'équivalent de ce qu'endure un coureur de marathon !

Odile Patra (OP 2287), cardiologue, nous en dit plus sur les risques cardiaques lors de la pratique du windsurf.

Tout d'abord une petite mise au point: dans l'immense majorité des cas, ce n'est pas le sport qui tue, le sport est juste l'élément déclenchant. L'accident se serait sans doute produit quelques jours plus tard, à l'occasion d'une émotion, d'un stress, ou en courant après le bus....Et très souvent aussi au repos, la nuit!
Même si on sous estime l'intensité d'un sport comme le windsurf, ne perdons pas de vue que ce n'est pas le windsurf qui tue. Quand on est bien portant on peut supporter sans problème une FC maximale. On peut nuancer pour les plus de 40 ans. Mais pas au point de préconiser le port systématique d'un cardiofréquencemètre ( de plus , les formules d'entrainement ne sont pas forcément adaptées à tout le monde, pour utiliser un cardiofréquencemètre de façon vraiment rationelle, il faudrait faire avant un test d'effort avec VO²max..( compliqué, à réserver aux sportifs de haut niveau et aux malades)
Mais les témoignages de ceux qui ont testé sont très intéressants. Ils tendent à confirmer , et je le pense aussi, qu'on sous estime l'intensité de l'effort en windsurf

On peut distinguer deux grandes causes d'accident cardiaque mortel brutal ( mort subite).

La plus fréquente est la maladie coronaire. Les artères nourricières du muscle cardiaque sont abîmées par une maladie nommée athérome. Les artères se rétrécissent ,leur débit devient insuffisant, surtout à l'effort causant l'angine de poitrine, douleur passagère, qui doit donner l'alerte . Mais parfois, sans aucun signe avant coureur, l'artère se bouche brutalement (thrombose, dûe à un caillot) et peut causer l'infarctus, soivent mortel dès les premières minutes
Cette maladie est très rare en dessous de 30/35 ans. Au delà, la fréquence augmente avec l'âge, mais le risque est également très influencé par différents facteurs "nommés facteurs de risque" ( tabac, hypertension, diabète, hypercholestérolémie et surtout hérédité+++)
les médecins en tiennent énormément compte pour guider le dépistage systématique ( pas question pour le moment de dépistage de masse)
Au risque de ne pas dépister des personnes comme Paquitomicorrazon, mais je dois reconnaitre que son cas est vraimment exceptionnel (jeune age, absence de facteur de risque, peut-être malformation artérielle coronaire?)


Les autres causes expliquent la plupart des morts subites de jeunes sportifs. Il s'agit de maladies du muscle cardiaque ( myocardiopathies, en particulier myocardiopathie hypertrophique) ou de maladies entrainant des troubles du rythme mortels comme la fibrillation ventriculaire ( dysplasie arythmogène du VD,syndrome QT long, tachycardies catécholergiques, Brugada etc...)
Là encore beaucoup ont un caractère familial, héréditaire. lorsqu'un cas est mis en évidence on s'efforce de dépister les membres de la famille. Inversement, on interroge le spotif sur les antécédents familiaux éventuels de mort subite. L'ECG de repos et d'effort et l'échographie dépistent la majeure partie de ces pathologies "à risque de mort subite".
Chez les jeunes sportifs, un bilan cardiaque initial ECG + écho + test effort est vivement conseillé, et sur le point de devenir obligatoire pour certaines fédérations ( le foot notamment, depuis le cas Vivien Foe)
On pourrait aussi élargir ce dépistage à l'ensemble de la population, mais c'est une autre question...

Donc, très schématiquement quand un sportif décède subitement, on suspecte les coronaires s'il a plus de 40 ans, plutôt un trouble du rythme s'il a moins de 40.
On se fait le même raisonnement lorsqu'on doit déliver un certificat d'aptitude.

Chez un jeune, interrogatoire, examen clinique, et idéalement ECG de repos + un petit coup d'écho pour éliminer les cardiopathies hypertrophiques ou rythmiques. Epreuve d'effort dans certains cas ( haut niveau, ou présence de symptomes)

Chez un adulte qui reprend le sport après 40 ans, ou chez un sportif qui a 1 ou plusieurs facteurs de risque, on y ajoute en général l'épreuve d'effort simple.
Mais même l'épreuve d'effort a des faiblesses, un certain nombre d'examens sont faussement rassurants. Si le risque est élevé,s'il y a des symptomes, je fais volontiers une scintigraphie myocardique d'effort ou une écho de stress

Autres chose: un grand nombre d'accidents cardiaques mortels ou non sont dits "inauguraux".Mais si on interroge soigneusement ceux qui ont survécu, on retrouve souvent "à posteriori" des signes avant coureurs, des signaux qui n'ont pas été pris en compte. Donc soyons attentif aux signaux que nous envoient notre corps. IL faut consulter en cas de palpitations, douleurs de poitrine , essoufflement inhabituel, perte de connaissance ou étourdissements...
Et quelques conseills pas toujours connus:
Quelqu'un a abordé la question de la péride de récupération qui suit l'effort. En effet il y a des choses à ne pas faire.
Pas de cigarette avant l'effort ( au moins 1h) et attendre 2 h pour fumer après! ( eh oui... :twisted: )
Pas de douche immédiatement après l'effort ( bon, pour la planche, c'est spécial...on est déjà mouillés)
Pas de sport si fièvre, et en cas de grippe ou maladie virale, attendre au moins une semaine après la disparition de la fièvre pour reprendre le sport ( on peut avoir fait une myocardite sans s'en rendre compte, un effort peut déclencher alors une mort subite rythmique)

Cet article est un extrait du topic suivant : Court avertissement sur les dangers de la planche.

Mise à jour le Mardi, 07 Décembre 2010 11:36