ThierryP a écrit:
Je suis toujours stupéfait par la capacité de certains à nier des FAITS parce qu’ils ne correspondent pas à leur IDEOLOGIE.
Pendant de longues années, La Réunion était tristement célèbre pour le nombre élevé d’attaques de requins (des tigres et des bouledogues, comme en Nouvelle-Calédonie) mortelles sur ses côtes, à tel point que de nombreuses plages étaient totalement fermées à la baignade, au surf, etc. J’ai des amis qui étaient partis s’installer à La Réunion pour faire du windsurf, et qui n’en faisaient plus du tout sur place ; ils étaient obligés d’aller naviguer à Maurice pour être en sécurité.
La Réunion a déploré 9 attaques mortelles de 2011 à 2019, ce qui en faisait l’un des pires endroits sur la planète pour les attaques de requins mortelles.
En 2019, les autorités ont mis en place un certain nombre de mesures pour réduire le risque d’attaques : sécurisation de zones de baignade, surveillance par drones, et CAMPAGNES REGULIERES DE PRELEVEMENTS DE REQUINS.
Le résultat : depuis 2020 inclus, il n’y a plus eu UNE SEULE ATTAQUE MORTELLE A LA REUNION. On est passé d’une attaque mortelle par an pendant 9 ans, à zéro attaque mortelle en 6 ans.
En Nouvelle-Calédonie, après chacune des campagnes d’abattage de tigres et de bouledogues de grande taille, on n’a eu AUCUNE attaque mortelle à déplorer pendant plus de deux ans. Et ensuite, les attaques mortelles ont repris.
Un type qui se fait tuer par un requin, ce n’est pas qu’une statistique. Le wingfoiler tué dimanche à Nouméa laisse une veuve et cinq orphelins. C’était un médecin urgentiste qui sauvait des vies humaines, dans un pays qui est devenu un désert médical après les émeutes de 2024, des dizaines de médecins et infirmiers ayant quitté le pays à la suite des exactions (perpétrées elles aussi au nom d’une idéologie). Un des deux hôpitaux de N.C. n’assure plus les urgences le week-end, faute de médecins, et on meurt d’une crise d’appendicite aigüe.
La disparition de cet urgentiste provoquera d’autres morts.
Tout cela, au nom d’une idéologie d’écolos-bobos qui, à 21.000 km de chez nous, nous expliquent que les FAiTS que nous observons ne collent pas avec leurs CROYANCES.
Personne ne « nie des faits ». Les attaques ont existé, les drames sont réels. Mais sélectionner certains chiffres et en déduire une causalité simple — prélèvements = sécurité — est une lecture partielle. À La Réunion, les mesures mises en place en 2019 ne se limitaient pas aux prélèvements : sécurisation physique des zones, surveillance par drones, encadrement strict des pratiques, information du public. Attribuer l’absence d’attaques mortelles depuis 2020 à un seul levier relève davantage de l’affirmation que de la démonstration. Corrélation n’est pas preuve de causalité.
En Nouvelle-Calédonie aussi, affirmer que « deux ans sans attaque » seraient exclusivement dus aux campagnes d’abattage simplifie une réalité écologique complexe : dynamique des populations, disponibilité alimentaire, comportements humains, saisonnalité, aménagement du littoral… La sécurité durable passe d’abord par la gestion des usages et des habitats, pas uniquement par l’élimination périodique d’animaux.
Surtout, personnaliser le débat n’aide pas. Rappeler que la victime était père, médecin urgentiste, indispensable à la collectivité, suscite l’émotion — légitime — mais n’apporte aucun argument supplémentaire sur la politique à mener. La valeur d’une vie ne dépend ni d’une profession ni d’un statut familial. Et l’émotion ne peut pas tenir lieu de politique publique.
On peut aussi raisonnablement supposer qu’un adulte vivant sur place connaissait la situation locale, les précédentes attaques et les controverses en cours. Naviguer dans une zone identifiée comme à risque relève d’un choix individuel. Cela n’enlève rien à la tragédie, mais cela implique une part de responsabilité personnelle — comme en montagne, en mer ou en forêt.
Enfin, opposer des « écolos-bobos à 21 000 km » à « la réalité du terrain » caricature le débat. La question n’est pas idéologique : elle est structurelle. Veut-on adapter systématiquement l’écosystème à nos usages récréatifs, ou organiser nos activités en tenant compte d’un milieu sauvage dont nous ne sommes que des usagers temporaires ? C’est sur ce terrain-là que la discussion devrait se situer, pas sur celui de l’indignation.